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Off to Lebanon

By novembre 2, 2018 juillet 9th, 2019 No Comments

Je n’ai jamais su quoi faire de cette identité libanaise. Longtemps, je n’ai pas su si j’étais vraiment libanaise ou pas. Mes parents me disaient que j’étais « française mais pas vraiment », je ne savais pas ce que voulait dire libanaise non plus.

J’ai arrêté d’aller au Liban à mes 3 ans jusqu’à mes 8 ans où nous sommes arrivés en bateau de Chypre, on ne pouvait pas prendre l’avion à l’époque.  Je me souviens voir, au réveil, cette terre de misère et de beauté, si mystérieuse, de ma petite lucarne.
Nous vivions à Paris, avant de dormir chaque soir, on s’asseyait devant le journal tv de 20h avec mon père et on regardait les images beiges jaunâtres des bombes au Liban. Il me disait que c’était « mon pays » et que ma famille vivait là-bas. Je ne comprenais rien. Comment pouvait on y vivre? Nous, on était là, on était « français mais pas vraiment », on était « libanais mais pas vraiment »,

Après les vingt et un ans de guerre civile, j’ai été vivre au Liban. J’avais 17 ans, je voulais comprendre. Pourquoi j’étais « française, mais pas vraiment ». Je ne parlais pas l’arabe, mes parents parlaient tout le temps en français, mais ils se disputaient en libanais. Je ne savais qu’insulter en arabe. Quand je conduisais et que je devais m’arrêter aux barrages de l’armée, je ne savais même pas dire « que la Paix soit avec vous » (“ma3salam”) mais je savais dire ” le c*** de ta mère, fils de p*” (“kess emak akho charmouta”).

J’y ai fait des études d’Art et de Philosophie des religions, spécialité spiritualité mysticisme. Je vivais dans le quartier chrétien, à l’époque les quartiers étaient encore bien divisés entre religions. Je suis tombée amoureuse, il vivait de l’autre côté de la ligne de démarcation. J’avais un foulard dans ma voiture pour couvrir mes épaules des voisins quand j’y allais, par respect. J’ai vécu six ans à Beyrouth, j’étais « libanaise mais pas vraiment ».

J’y ai connu des gens avec des égos démesurés et narcissiques comme on en voit rarement; j’y ai aussi connu des gens avec une force et une joie de vivre inégalables, avec ce cœur ouvert, si particulier de la Méditerranée. L’énergie était décalée constamment, trop intense, trop éclatée, trop « trop ». On dansait sur les tombes, on refaisait le monde sur les carcasses des maisons et dans les parkings,  avant même de faire le deuil d’un passé qui n’en était pas vraiment un, on ne pensait qu’a se soûler, se soûler du présent, oubliant les vingt et un ans et se souciant peu du futur. Le futur c’est quoi?

Quand je suis rentrée vivre à Paris, j’ai rencontré mon premier maître de Yoga, il m’a envoyé en quête de vision dans la forêt, et m’a dit d’aller chercher « mes » arbres. Je me suis exécutée. J’ai trouvé trois oliviers en plein Vercors. Là où il n’y a aucune raison que des oliviers méditerranéens ne poussent, mais ils étaient là, heureux et épanouis dans les Alpes françaises.

J’étais un pur produit « exporté » de la guerre et du déracinement. J’étais « française, mais pas vraiment ». J’étais « libanaise, mais pas vraiment ». A travers le Yoga et ma recherche personnelle, j’ai réalisé qu’il ne s’agissait pas de choisir ou de s’identifier avec une culture ou un pays, mais de trouver et se connecter aux racines à l’intérieur, et au delà.

Sat Nam – je choisis la« Vérité » comme identité. La vie est un flirt, une danse avec les polarités  embrassant la joie et la peine, le bonheur et la tristesse, la lumière et l’obscurité, la paix et la guerre, la beauté et l’ignorance (avidya), la monstruosité des hommes.

Sat Nam Ek Ong Kar Sat Nam Siri Wahe Guru. (Le créateur et toute la création sont un. C’est cela notre véritable Identité. L’extase provoquée par cette sagesse est au-delà des mots.)

Mon nom spirituel est Karing Kaur, celle qui englobe et embrasse la création dans tous ses aspects, les ramène à l’un. Il est dit que le nom spirituel est notre don, notre challenge et notre mission. C’est notre voie, notre voix. Aujourd’hui, le produit de guerre, sert humblement la Paix.

Bowing down to the Lotus feet of my parents, my Teachers, the holy beings in my Life and Life itself, for what it is.

Lokah Samastah Sukhino Bhavantu
Que tous les êtres partout dans le monde soient heureux et libres. Et puissent mes pensées, mes mots et mes actions contribuer d’une certaine manière, à ce bonheur et cette liberté pour tous. Keep Up.

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